Accueil Biographie Critique Bibliographie Galerie Contactez Jean-Pierre LE FEVRE

      Né à Caen où il étudia à l’école des Beaux Arts de 1949 à 1953 sous la direction de LE GARRIDO, Jean Pierre LE FEVRE nommé éducateur au C.D.E. de Canteleu près de Rouen, y fit la connaissance du président SIEBERT et des artistes de la Palette Cantilienne, sans oublier d’enrichissantes rencontres avec Albert MALET.

      C’est en 1973 qu’il s’établit à Saint-Lô et affirma plus encore, la singularité de son talent après avoir découvert la personnalité de Jef FRIBOULET en son atelier de Fécamp, et d’entamer son brillant cheminement au sein du monde artistique national et international.

      Dessinateur exceptionnel, Jean Pierre LE FEVRE s’est imposé comme l’un des plus brillants peintres Bas-Normands, à la fois sympathique, clairvoyant et discret, se mettant totalement au service des êtres simples et de la généreuse nature qu’il définit grâce à sa palette chaleureuse et audacieuse, dont les transparences font vibrer plus encore sa maîtrise de l’authenticité ponctuée d’une poésie graphique pleine de saveurs.

André RUELLAN, critique d'art

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Il y a dans chaque tableau une petite porte à franchir

      De facture expressionniste, mais sans véhémence excessive, la peinture de J.P Le Fevre est dénuée de maniérisme. Elle s'attache à transmettre un certain sentiment de l'homme penché sur son labeur ou laissant dériver son cœur vers l'infini. Le peintre aime les lignes fuyantes et les diagonales : /« II y a une petite porte dans chaque tableau. Il faut que vous la poussiez et que vous entriez… Une peinture doit donner accès à une certaine profondeur. Si l'on se contente de peindre pour la simple surface d'une œuvre, mieux vaut faire autre chose. »

      Ce qui émeut J.P Le Fevre, c'est l'aptitude, si rare, de certains peintres à conserver leur âme et leur regard d'enfant, comme Chagall ou Toffoli (…)

       Ayant croisé César, Belmondo, Mac Avoye, sur sa route, Il n'hésite pas à évoquer leur force peu commune. « Avec des gens de cette trempe, on a l'impression de recevoir quelque chose d'unique et d'irremplaçable ».(…)

      Enfin, et bien qu'il déteste les citations, J.P Le Fevre revendique celle-ci :
« L'enfant n'est pas un vase que l'on remplit. C'est un feu qu'on allume ». Puissent tous les pédagogues entendre et faire leur cette formule ! Notre monde s'en porterait mieux.

Luis PORQUET, critique d'art

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De la glaise aux étoiles

      Peindre est une manière de résister au désespoir, un geste de fraternité offert au genre humain, en dépit des malheurs dont il peut se rendre coupable ou devenir lui-même victime. Chez Jean-Pierre LE FEVRE, l'amour de l'homme devient palpable dès qu'il nous parle de son art, et s'il peint ses semblables les deux pieds dans la glaise, c'est pour mieux les aider à relever la tête, faisant luire dans leur regard l'éclat vacillant des étoiles. « Je suis attiré par la lumière, avoue-t-il. J'ai la faiblesse de croire que je peux exprimer quelque chose de noble et de beau. L'artiste n'est pas là pour alourdir la peine et la douleur du monde. Mon rêve secret serait de pouvoir pénétrer dans l'une de mes toiles. » Cela ressemble un peu à un fameux conte chinois...

      Il nous est difficile d'imaginer un peintre qui serait dépourvu d'amour, qui ne se sentirait pas proche de ses semblables. La générosité, chez un artiste, nous paraît en effet une qualité première, essentielle, majeure. Elle consiste à donner à l'autre la part de lumière qui lui manque, non pas de prétendre le guider, mais de l'accompagner dans l'humble effort de chaque jour. Aux antipodes des peintres de plaisance et des besogneux du pinceau, Jean-Pierre LE FEVRE est un homme préoccupé de ses semblables. Le regard qu'il porte sur les autres est toujours empli de compassion. S'il s'intéresse au paysage, c'est davantage à titre de support, à la manière d'un scénographe mettant son talent au service de la dramaturgie de l'oeuvre. Car c'est l'humain qui l'intéresse. Et l'on n'est jamais trop humain, quoi qu'en ait dit un philosophe, fût-il génial !

      Si vous demandez à Jean-Pierre LE FEVRE s'il est passé par les Beaux-Arts, il vous répondra « Oui, hélas ! J'y ai beaucoup appris, mais je me suis souvent vu mettre à la porte du cours. Je m'occupais bien davantage des filles que de mon boulot mais j'étais toujours là dès qu'il s'agissait de jouer un mauvais tour aux professeurs. J'étais déconneur, mais pas meneur. A l'époque, j'ai dû me taper le fameux Voltaire de Houdon et tous les travaux imposés aux apprentis que nous étions. La technique alors était incontournable. Et puis, un jour, j'ai tout abandonné. Je me sentais vraiment prisonnier du dessin. Et je le suis toujours... C'est un plaisir, mais ça m'encombre. Je structure d'abord ma toile, puis je la recouvre de peinture en m'efforçant autant que possible de lutter contre le détail. » Un beau jour, cependant (c'était en 1977), Jean-Pierre LE FEVRE est amené à travailler huit jours auprès du peintre Jef FRIBOULET dans le domaine du monotype. Il semble bien que ce fut une sorte de révélation. A l'époque, Friboulet, habitait encore Fécamp. La dimension de l'homme et son grand cœur marquèrent Jean-Pierre pour la vie. Plus tard, le maître d'Yport lui rendra à son tour un hommage plutôt touchant : « De ce réalisme sensuel qui fut la marque de la peinture figurative dès le XIXème siècle, tu tires aujourd'hui la saveur des choses et des gens que le XXème siècle, pressé et stressé, ne parvient plus à nous faire saisir. Et cela nous fait du bien à un moment où l'art se perd souvent dans les idées et les formalismes obscurs. »

      De facture expressionniste, mais sans véhémence excessive, la peinture de LE FEVRE est dénuée de maniérisme. Elle s'attache à transmettre un certain sentiment de l'homme penché sur son labeur ou laissant dériver son cœur vers l'infini. Jean-Pierre aime les lignes fuyantes, les diagonales : « II y a une petite porte dans chaque tableau. Il faut que vous la poussiez et que vous entriez dedans. Une peinture doit donner accès à une certaine profondeur. Si l'on se contente de peindre pour la simple surface d'une œuvre, mieux vaut faire autre chose. » Ce qui émeut LE FEVRE, c'est l'aptitude, si rare, de certains peintres à conserver leur âme et leur regard d'enfant, comme Chagall ou Toffoli, dit-il. Ce sens même de l'émerveillement, sans doute l'a-t-il aussi retrouvé chez Jansem et Yankel, deux grands maîtres de l'art moderne ou chez le rouennais Fritz-Villars. Ayant croisé César, Belmondo, Mac Avoye sur sa route, LE FEVRE n'hésite pas à évoquer leur force peu commune. « Avec des gens de cette trempe, on a l'impression de recevoir quelque chose d'unique et d'irremplaçable. De surcroît, le peintre aime les gens qui arborent une vie un peu turbulente . C'est tellement intéressant, poursuit-il. Ceux qui ne font pas de conneries sont, à mes yeux suspects. J'aurais tendance à m'en méfier. » conclut-il dans un grand rire.

      Rescapé des bombardements au cours de la Seconde Guerre Mondiale, Jean-Pierre LE FEVRE doit la vie à une concession perpétuelle qui se trouvait dans le cimetière attenant à l'école toute proche. A la suite d'une alerte aérienne, pas moins de 35 personnes se trouvaient réfugiées dans la cave du cimetière. A cette époque, le petit Jean-Pierre avait pris l'habitude de dormir sous un billard. Peu après l'attaque aérienne, il constata qu'un immense trou occupait la place où aurait dû reposer sa tête. Ce petit miracle a fait de lui une sorte de « sursitaire » qui, en dépit de ses galères, a toujours su garder un certain esprit de partage. Dans la « Dialogue entre les oiseaux et les hommes », « Le porteur d'eau », « L'escalier aux poteries » ou cette grande scène de plage où des jeunes filles nues côtoient des femmes en deuil, il nous donne la mesure du souffle qui le porte : un mélange de tristesse et de ce qu'il appelle sa « petite zone d'espoir ». Sa technique du bristol marouflé sur bois, qui a recours à la colle de peau de lapin (procédé connu des anciens), produit des effets stupéfiants. Le motif est tendu comme la peau d'un tambour.

      Bien qu'il déteste les citations, Jean-Pierre LE FEVRE revendique celle-ci : « L'enfant n'est pas un vase que l'on remplit. C'est un feu qu'on allume ». Puissent tous les pédagogues entendre et faire leur cette formule ! Notre monde s'en porterait mieux.

Luis PORQUET

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